Le traité de Rome en 1957, 12 ans après la fin de la guerre m'avait rempli d'espoir et fait voir l'avenir avec un optimisme certain.
Ma priorité était de croire que la notion de guerre n'appartenait plus qu'au passé, et qu'une grande idée d'association des pays européens était en train de naitre.
Pour la guerre, je ne me rendais pas compte que la paix n'était due qu'à un équilibre fragile, mais réel entre les deux grandes puissances, les Etats Unis et l'Union Soviétique, sans trop me poser la question
que la puissance de l'une d'elles reposait sur de véritables charniers et sur la privation de liberté de 300 millions de personnes.
Pour l'association de ces pays dans une Europe Unie les débuts étaient prometteurs. Les niveaux de vie des six pays constituant alors cette Europe étaient assez homogènes, et bien des décisions se prenaient à la majorité qualifiée.
Mais, cette Europe s'est agrandie avant de se structurer. Au lieu de profiter d'une possibilité d'une réelle entente entre les six pays membres pour mettre au point une constitution solide que chaque nouvel entrant devrait respecter, elle a préféré, dans la précipitation ouvrir la porte à de nouveaux candidats, sans trop se rendre compte du décalage économique et politique des postulants par rapport aux pays constituant le noyau initial de l'Europe.
Comble d'imprévoyance, les grandes décisions se sont prises à l'unanimité, si bien que le dernier arrivé, pourvu qu'il soit accepté, peut bloquer la marche en avant de la "machine européenne"
Voilà comment partant d'une bonne et noble idée on aboutit au fiasco que l'on connait actuellement.
- Au niveau de la défense, l'Europe s'est endormie, croyant, comme moi, mais je crois être excusable, que les guerres étaient, tout au moins en Europe, des aléas d'un autre temps.
- L'Europe a accueilli des pays qui avant leur entrée n'avaient fait aucun effort et pour qui la nouvelle Europe était un eldorado qui allait leur permettre d'accéder au bonheur.
- On a laissé s'installer plusieurs europes, l'Europe de Schengen et celle de l'Euro, si bien que certains pays n'ont qu'un pied dans l'Europe et, dans cette situation, ne se privent pas pour formuler des exigences nationalistes inacceptables.
- L'Europe est incapable de défendre ses frontières extérieures en demandant aux pays périphériques, souvent les plus pauvres d'assurer la sécurité de son territoire. Elle négocie, moyennant finance, avec un pays aussi peu fiable que la Turquie pour assurer sa protection orientale.
- L'Europe est incapable d'avoir une politique face aux flux migratoires.
- Il n'y a aucune harmonie entre les régimes fiscaux, les salaires minima et les couvertures sociales au sein de l'Europe en raison de la rapidité aveugle de son expansion.
En un mot, constatant que l'Europe constituait un grand marché, on s'est contenté de créer une Europe libérale, tendant de plus en plus vers l'ultralibéralisme, sans se préoccuper de l'Europe sociale qui aurait pu fédérer et satisfaire ses citoyens.
L'Europe est en panne, cette panne fait que certains pays ne voient leur salut que dans l'ultralibéralisme venant d'autres horizons, alors qu'en même temps l'extrême droite qui cherche à détruire l'Europe creuse son sillon
Comment réparer un tel gâchis après avoir avancé une idée si prometteuse? Où est la solution? Quand on voit que son actuel président fut Premier Ministre du principal paradis fiscal européen, on peut s'inquiéter.
Georges CLEMENCEAU disait que la guerre était une affaire trop sérieuse pour la confier à des militaires, mais si les hommes politiques ne sont pas capables d'éclairer de leur savoir la création d'un espace politique nouveau, malgré les nombreux atouts dont il dispose, vers qui se retourner?
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