Soixante ans après moi ma petite fille est entrée en faculté. Les changements m'ont laissé pantois.
Dans les années 50 avec n'importe quel bac on pouvait entrer dans n'importe quelle faculté. Les professeurs se chargeaient lors du premier cours d'essayer de dissuader ceux qui pour eux avaient un mauvais choix, aller par exemple en faculté de sciences avec un bac philo.
Avant le bac deux barrages existaient: l'entrée en 6° et le brevet appelé alors BEPC, ensuite la voie était libre.
Actuellement avant le bac aucun barrage, simplement des orientations, parfois discutables. Il y a 35 ans ma fille en a d'ailleurs fait les frais et n'a pu se remettre des erreurs commises par ceux qui l'ont guidée qu'avec beaucoup de travail et de courage.
Autrefois la différence ente écoles et facultés était criante:
- accès libre en faculté, ce qui fait qu'en 1955 l'amphithéâtre des sciences de 140 places était occupé, lors du premier cours, par 700 étudiants, et pas de contrôle en cours d'année. Après la première année (propédeutique) l'accès aux certificats de licence était libre. Il était possible de s'inscrire à plusieurs certificats à la fois et tenter, pour les meilleurs, d'accélérer l'obtention de plusieurs diplômes la même année. A partir de 1957, année de la création du 3° cycle conduisant au doctorat, il était même possible de s'inscrire à un certificat de 3° cycle sans avoir terminé le deuxième cycle appelé alors licence.
L'étudiant était alors entièrement responsable de ses résultats et de la manière dont il conduisait ses études.
- à l'opposé, pour l'accès aux grandes écoles il fallait passer par les classes préparatoires, souvent pendant deux ans, qui, en dehors du fait que les programmes étaient très copieux, avaient pour effet de tester la résistance physique de l'étudiant à une importante surcharge de travail. Les contrôles réguliers, les colles, faisaient trembler les étudiants. Rares étaient ceux qui après deux ans de prépa, s'ils réussissaient les concours d'entrée n'arrivaient pas à obtenir les diplômes de sortie d'école, tellement les deux premières années de préparation étaient sélectives.
En résumé, en faculté on avait son destin entre les mains et ce n'était jamais gagné alors qu'en école on était sévèrement encadré et contrôlé, mais une fois le concours d'entrée réussi c'était presque gagné.
Autre différence, à l'époque peu importante mais qui serait essentielle maintenant s'il en était toujours ainsi, en sortant d'école l'emploi était assuré alors qu'en sortant de faculté la recherche d'emploi était plus difficile, mais des solutions transitoires existaient comme l'occupation de postes de maitres auxiliaires dans l'éducation nationale.
Actuellement les choses ont bien changé. Les portes de l'université ne sont plus grandes ouvertes, suivant la série du baccalauréat obtenue certains accès sont interdits, de plus il faut formuler des vœux et le premier choix n'est garanti qu'aux meilleurs, alors que l'on peut faire de brillantes études supérieures en ayant parfois peiné pour obtenir le bac.
Une fois entré à l'université les contrôles sont permanents, les travaux sont notés et des "partiels" viennent certifier les acquis au cours de chaque semestre. L'obtention de la totalité des partiels donne accès à la 2° année, mais en cas de chute à certains d'entr'eux l'accès, simplement aux cours de 2° année sans vouloir présenter l'examen, est interdit. Un redoublement en raison de l'échec à certains partiels peut se traduire par une année scolaire à 4 heures de cours par semaine sans pouvoir accéder
à l'acquisition d'autres connaissances que celles qui ont fait défaut.
L'étudiant en faculté perd sa liberté de choix et d'organisation, la différence entre école et université s'estompe et s'apparente de plus en plus à une hiérarchisation des diplômes. Lorsque l'on connait le coût de l'inscription dans les écoles cette hiérarchisation des diplômes correspond souvent à une discrimination dont les moyens financiers des parents sont un élément déterminant.
Avec les règles actuelles, au lieu de terminer mes études avec un doctorat, j'aurais été un bachelier très modeste et sans mention, sauf celle acquise au 1° bac (car il y en avait alors deux): "reçu avec extrême indulgence du jury"
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