vendredi 31 mars 2023

 LES BLACK BLOCS

Les black blocs ultraviolents, qui se joignent à toutes les manifestations et qui décrédibilisent le mouvement syndical, ne sont pas des révoltés, ce sont des révolutionnaires.

L'État paraît démuni face à leurs actions et l'on entend bien des spécialistes du droit expliquer que l'on ne peut les arrêter et les empêcher d'agir car pour punir, dans un état de droit, les délits doivent être constatés et prouvés. On ne peut intervenir préventivement, et c'est bien ainsi pour éviter tout abus. Ainsi certains sont arrêtés et relâchés car il est impossible de les identifier sur les enregistrements de scènes de violences puisque ils interviennent cagoulés ou masqués. Le seul délit que l'on peut quelquefois constater est celui de port d'armes lorsqu'ils ont la maladresse de ne pas se débarrasser de leurs armes. Autant dire que seuls les moins aguerris se font prendre. 

Tout cela s'entend, mais il est difficile de comprendre que la dissimulation du visage, qui est un délit, ne soit pas suffisant pour les mettre, au moins pour un temps, hors d'état de nuire et de prendre des sanctions très sévères en cas de récidive

 MAUVAIS SIGNE POUR L'INTERSYNDICALE

Le Congrès de la CGT, au cours duquel le Secrétaire Général, Philippe Martinez, remet son mandat, tombe à un très mauvais moment, en pleine lutte contre la réforme des retraites. Cette réforme des retraites qui a fait se renouer les liens entre la CGT et la CFDT pour arriver à définir une position et une stratégie commune, ce qui n'était pas arrivé depuis plus de 10 ans.

Dès le début de ce Congrès un événement important a eu lieu, le bilan du Secrétaire Général a été désavoué. Lorsque l'on connait les candidats à sa succession il paraît peu probable que le nouvel élu soit enclin à faire ce que Philippe Martinez a accepté: se rapprocher de Laurent Berger, Secrétaire Général de la CFDT, syndicat réformiste

Il est fort probable que le futur Secrétaire Général de la CGT veuille imposer une ligne moins consensuelle et que de ce fait l'intersyndicale fasse long feu, ce qui n'est pas une bonne nouvelle pour la suite de la lutte en cours qui a déjà donné  lieu à dix jours de manifestations.

mercredi 29 mars 2023

 LA GUERRE DE L'EAU A COMMENCÉ

Les dernières et inimaginables violences qui se sont déroulées ce weekend à Sainte Soline demandent une réflexion approfondie et des études scientifiques objectives.

Rappelons, et ce n'est pas nouveau, que pour disposer de suffisamment d'eau pendant les périodes de sécheresse, les agriculteurs ont, dans certaines régions, pris l'habitude de créer des réserves d'eau en hiver.

Dans le Gers par exemple, pays de collines, les agriculteurs créent des retenues collinaires, c'est à dire qu'ils captent les eaux de ruissellement sur le flanc des collines pour les stocker pendant l'hiver. Cette eau de ruissellement aurait rejoint les rivières en quasi pure perte.

Dans les régions de plaine comme dans les Deux Sèvres, cela n'est pas possible. L'eau ne ruisselle pas sur le sol, elle y pénètre pour alimenter les nappes, notamment les nappes phréatiques. Les agriculteurs pour constituer des réserves puisent, pendant l'hiver, dans les nappes pour remplir leurs "bassines". Ces réserves sont alimentées par des eaux qui par migration souterraine auraient alimenté des zones humides que l'on cherche à préserver en raison de leur utilité pour sauvegarder la biodiversité. Là est toute la différence.

Ce qui est surprenant est que sur le journal Sud-Ouest du lundi 27 mars 2023, le Président de Région, Alain Rousset, demande "l'avis des scientifiques" pour apaiser les tensions. Comment ? Pourquoi ne l'a t-on fait plus tôt ? Il est évident que la construction de ces bassines qui imperméabilisent une partie du sol et qui puisent l'eau dans la nappe ont une incidence sur l'environnement. La question est de savoir si c'est acceptable. Seuls les scientifiques, et en particulier les hydrogéologues, sont capables de mesurer cette incidence et de chiffrer les risques pour que les décideurs politiques puissent se prononcer sur l'acceptabilité de la construction de ces bassines.

Nous avons la chance d'avoir en France un organisme, le BRGM (Bureau de Recherche Géologique et Minière) dont la compétence est mondialement reconnue. Comment a t-on pu laisser se créer ce différent entre les écologistes et les agriculteurs au sujet de l'emploi de l'eau quand on dispose d'un tel outil ? Il y a déjà eu un mort en Lot et Garonne et un homme entre la vie et la mort en Deux sèvres. Le temps presse! 


lundi 27 mars 2023

 CONTOURNER BORDEAUX

Bordeaux neuvième ville la plus peuplée de France est la deuxième au palmarès des difficultés de circulation et d'encombrement de sa rocade. Bordeaux n'a jamais su régler convenablement le problème de sa traversée ni de son contournement. Jusqu'en 1965, un seul pont permettait de traverser la Garonne, à cette date le Pont Saint Jean a été inauguré, et encore parce que sa construction a été accélérée en raison de la proximité d'élections car la mise en service du Pont Suspendu, devenu Pont d'Aquitaine, prévue pour cette date avait pris du retard.

Les voies contournant successivement la ville, cours, boulevards puis rocade se sont adaptées à son extension, mais la rocade dont le premier tronçon a été inauguré en 1977va bientôt, en 2023, être totalement bouclée à deux fois trois voies. 46 ans de travaux pour enfin disposer d'un contournement moderne... complètement saturé deux fois par jour!

Les projets de grand contournement ne se comptent plus, en traversant l'estuaire de la Gironde plus ou moins loin de Bordeaux, en passant à l'est, en reliant des routes existantes et maintenant, en recherchant à faire des économies il est question de "barreaux" entre d'anciennes voies qu'il faudra bien recalibrer pour accueillir la noria de camions qui traversent la notre région puisque l'on a été incapable de développer le ferroutage.

Pour que la réflexion sur ces nécessaires aménagements soit correcte, espérons que nos élus saurons se projeter dans un futur assez lointain où les véhicules légers seront électriques mais où les poids lourds resteront toujours polluants, ce qui imposera certainement de traiter, avec discernement,les problèmes posés par ces deux types de véhicules.

Il est assez décevant de constater que l'on n'a jamais eu à notre disposition de moyens techniques aussi performants qu'actuellement et de se trouver dans l'incapacité de régler un problème dont l'ensemble des habitants de la région souffre d'une manière chronique 

 UNE FAIBLE LUEUR D'ESPOIR

Emmanuel Macron, depuis Bruxelles, paraissait vouloir renouer le dialogue avec les syndicats en leur proposant de discuter de certains aménagements possibles de la réforme des retraites.

De son coté, Laurent Berger toujours favorable à la reprise d'un dialogue, a manifesté sa disponibilité, à ceci près qu'il refuse de discuter de l'obligation de repousser l'âge de départ en retraite à 64 ans, ce qui correspond au retrait de la loi.

Un petit pas est donc accompli, Emmanuel Macron, comme à son habitude, profite d'un déplacement à l'étranger pour faire une annonce importante, quant à Laurent Berger, il semble vouloir fixer des limites à sa bonne volonté pour éviter de rompre l'union syndicale.

Il reste à chacun l'obligation de faire un effort supplémentaire, peut-être en recherchant un moyen d'adoucir les fins de carrières en particulier pour les métiers les plus pénibles. Mais il est à craindre que seule la CFDT soit favorable à la reprise des négociations,  ce qui appauvrira l'efficacité du mouvement revendicatif.

Que c'est difficile de passer de l'affrontement systématique à la recherche de consensus!

samedi 25 mars 2023

 NÉGOCIER LA RETRAITE PROGRESSIVE

La loi sur la réforme des retraites a été votée. Sous réserve de l'accord du Conseil Constitutionnel, cette loi sera promulguée. Elle est donc légale, mais 70% des français la trouvent illégitime, une tentative de mise en place d'un référendum d'initiative partagée est en cours, si ce référendum aboutit, les résultat n'en seront connus au plus tôt qu' à l'été 2024.

Il faut dire que le compromis tant attendu par les français après les élections législatives, où aucun parti n'a obtenu la majorité absolue n'a été recherché ni par la majorité, qui a imposé des débats de courte durée, ni par l'opposition, qui a manifesté une obstruction systématique en faisant en sorte que les débats ne puissent aller à leur terme.

Emmanuel Macron ne peut revenir sur cette loi car, une fois la loi votée,  ce serait donner raison à la rue et céder à la violence, ce qui n'est pas souhaitable dans une démocratie représentative. 

Alors, que faut-il faire ? Les syndicats qui ont repris de la vigueur devraient maintenant manifester pour reprendre des négociations. Le pouvoir y serait certainement favorable pour sortir de la crise actuelle.

Que peuvent revendiquer les syndicats ? Par exemple l'application systématique de la retraite progressive entre 60 et 64 ans. Certains travailleurs profitent actuellement de ce système basé sur une réduction du temps de travail et un revenu composé pour partie du salaire et pour partie de la retraite. Les règles en sont les suivantes: pour 80% du temps de travail, le revenu est composé de 80% du salaire et 30% de pension retraite, pour 60% de temps de travail ces chiffres passent respectivement à 60% de salaire et 50% de retraite,  pour 40% de temps de travail ils deviennent 40% de salaire et 70% de retraite.

Prenons l'exemple suivant, en supposant que le montant de la pension de retraite soit égal à 75% du salaire et que de 60 à 62 ans le salarié travaille à 80% et de 62 à 64 ans 60%. Les deux premières années son revenu sera de 80% de salaire et 30% de retraite soit 22,5% (30% de 75%) de salaire, ce qui fait un total de 102,5% du salaire. Les deux années suivantes en travaillant à 60% le revenu sera de 60% de salaire et 50% de retraite soit 37,5% (50% de 75%) de salaire, ce qui fait un total de 97,5%. Donc le salaire moyen sera maintenu et le temps de travail réduit progressivement sur 4 ans à partir de 60 ans. Il pourrait même être envisagé, pour un même coût, de conserver pendant toute cette durée un salaire du même niveau que le dernier salaire perçu.

Cette solution permettrait de réduire le temps de travail dès 60 ans, de passer progressivement du travail à plein temps à la retraite sans perte de salaire, ce qui peut constituer une adaptation progressive à un nouveau genre de vie. Gouvernement et syndicats sortiraient honorablement de cette période troublé et la France montrerait, pour la première fois, qu'elle est capable d'établir un compromis entre les forces politiques qui s'opposent.

 UN PRÉSIDENT DANS L'IMPASSE

La réforme des retraites mal préparée a fait l'objet d'une loi pour laquelle le recours au 49/3 a été indispensable.

Cette réforme est impopulaire car elle demande un effort injustifié aux français, mais elle déchaine maintenant la violence car elle a été mal expliquée et les arguments avancés pour la justifier n'ont pas parus très honnêtes.

Sans soutenir cette réforme, car il existe d'autres moyens de résorber progressivement notre déficit et notre dette, il semble que si le gouvernement avait mis en avant les aides qu'il a apporté à bien des travailleurs pendant la pandémie, la perception de cette réforme aurait été tout autre. Le refus de cette réforme est tel que les jeunes, qui se sont mobilisés contre, acceptent implicitement de prendre à leur charge les déficits générés par leurs ainés au cours des années passées sans leur demander d'accepter de faire un effort pour essayer de les résorber en travaillant deux ans de plus car, si c'est pour leur propre retraite qu'ils se mobilisent, c'est faire peu de cas de l'évolution imprévisible de la société pendant les 42 ou 43 ans qu'ils devront être confrontés au monde du travail.

Avec tant de maladresse et d'entêtement, Emmanuel Macron n'a que le choix de maintenir sa réforme et de s'apprêter à gérer la pays encore pendant quatre ans en opposition avec la majorité des français ou de retirer cette réforme et ainsi de démontrer que la violence, qui va s'exprimer, est le seul moyen de se faire entendre. 

On pouvait espérer mieux d'un Chef d'État d'un pays démocratique.